Couronne de Bréona

Ce weekend-là, la météo n’offrait qu’une courte fenêtre stable et dégagée. Aussi, pour profiter de notre temps libre en montagne, nous devions choisir de nous rabattre sur une course brève et, bien que la traversée de la Couronne de Bréona soit plutôt longue, en contradiction apparente avec nos contraintes, elle offre une magnifique opportunité d’évasion, engagée, et laisse la possibilité de se dégager au niveau du premier clocher, au niveau du premier quart de la traversée.

Au pied du glacier de Moiry, dans la fraicheur matinale, nous doutions de notre décision. Le plafond nuageux trainait juste au-dessus et gouttait sur nos têtes. La météo qui s’affichait sur nos portables montrait les vagues pluvieuses que l’Italie s’apprêtait à exporter. Cependant, un bon bol d’air ne pouvait que nous être profitable, on se mit donc en marche, franchissant gaillardement la moraine bordant le glacier, pour gagner les gazons et pierriers à la base de la Couronne. Et, comme il est d’usage de récompenser les courageux, le ciel bleu et un premier rayon de soleil nous accueillaient plus haut, au débouché de la brume, offrant à nos regards la vue d’une magnifique mer de brouillard couvrant le Val d’Anniviers, la Vallée du Rhône et sans doute encore toute l’Europe ; premier cadeau. Une deuxième surprise nous attendait dans le pierrier. Les grosses pierres rugueuses et mattes, sur lesquelles on marche d’ordinaire sans difficulté et que l’on franchit aisément, étaient recouvertes d’une très fine couche de glace, invisible, due sans doute au gel du brouillard pendant la nuit. On était sur une patinoire de blocs irréguliers, pleine de trous et de pointes menaçantes. A l’inverse d’une démarche normale, mieux valait coincer nos chaussures entre les pierres et dans les trous, plutôt que de choisir les surfaces les plus planes. On évoluait maladroitement, à quatre pattes, ridicules alpinistes dans un pays redevenu celui des yétis. C’est la limite de la neige, un peu plus haut, qui allait nous rendre notre statut d’homo sapiens sapiens, les premiers millimètres de neige collés aux pierres nous permettant de nous redresser, nos semelles crochant à nouveau correctement. Plus haut, où il avait probablement neigé plus longtemps, tout est recouvert d’une couche d’une bonne dizaine de centimètres. Ça sent déjà un peu l’hiver. Une trace fraîche dans la neige nous interpelle : marmotte, renard, lynx, loup ? Vraisemblablement trop petit pour le yéti. Sur un petit replat, au pied du col, un névé résiduel facilite notre progression, puis la pente se redresse. Le soleil chauffe déjà un peu, le verglas disparait, la neige se fait plus éparse, on retrouve le gravier du sentier et on atteint le col.

Le démarrage est un peu déroutant. On s’enfonce dans une espèce de dièdre en renfoncement sans issue apparente. De cet endroit, par un premier pas aérien sur la gauche, on atteint des prises bien marquées sur la paroi. De là, la progression est évidente et plutôt facile. On veille simplement à suivre le fil de l’arête au plus près. La neige, résiduelle dans quelques creux à l’ombre, disparait rapidement. Quelques coinceurs assurent la progression et on atteint le premier clocher.

Encore loin à l’horizon, les nuages s’amoncellent au Sud et glissent imperceptiblement vers nous. Vraisemblablement, nous n’aurons qu’une heure devant nous, juste le temps de revenir sur nos pas et de regagner le col avant que le ciel ne se bouche et d’être atteint par le premier grésil et plus bas, par une petite pluie fine intermittente, agaçante.

Publié dans Courses

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