la mi-janvier, dans un souci de sécurité et d’humilité face à la montagne et aux éléments, nous avons pris l’habitude de nous retrouver au chalet pour un week-end de formation, d’échanges et d’exercices, auxquels s’ajoutent naturellement convivialité, amitié et belles traces. 2013 aura confirmé le besoin de chacun d’approfondir ses connaissances en nivologie et avalanches, et celui de tracer la poudreuse. L’ambiance était excellente, le chalet bondé. Adultes, jeunes et enfants se sont retrouvées le vendredi soir déjà, après la fondue, à regarder Brad Pitt dévisser au Nanga Parbat et des skieurs de couloir déclencher des avalanches dans les Alpes.

A partir d’une pente de 30°, les chutes de neige récentes, les bruits de « whoum », les déclenchements à distances et les coulées spontanées sont des informations de risques élevés qui doivent inciter à la prudence, nous amener à sécuriser notre itinéraire, voir à renoncer.
Nous avons donc évalué le terrain et appris à mesurer l’angle de pente avec les seuls bâtons de ski, en créant un triangle équilatéral : un bâton pendu verticalement, une longueur de bâton sur la pente, le deuxième bâton fermant le triangle. L’angle de pente est alors de 30°.

30degres

Dans notre scénario d’exercices pour la détection des victimes d’avalanche à l’aide des DVA, une vaste « avalanche » couvrait toute la pente sous le chalet et avait enseveli deux victimes. Chacun a pu s’essayer à la recherche d’un signal, puis à détecter les victimes présumées, représentées par un appareil dissimulé. Un exercice utile à chacun, permettant de vérifier son propre matériel et d’en comprendre le fonctionnement. Une approche indispensable pour ceux qui, pour la première fois, sortaient leur DVA d’une boîte encore scellée du cellophane du fabricant.

Moins instinctif, plus technique, et nettement plus physique, était la sortie de crevasse au prussik. Le nœud auto-bloquant Prussik est souvent utilisé pour sécuriser une descente en rappel. Il est confectionné à partir d’un anneau de corde dont le diamètre est inférieur au diamètre de la corde. Bidirectionnel, il bloque dans les deux sens.

prusik

Bien que le vallon d’Orgevaux ne soit pas particulièrement réputé pour les dangers d’un glacier crevassé, il apparaît que des clubistes maladroits réussissent à tomber des failles abyssales. Ainsi, après un bref rappel et un peu de pratique de nœuds de base, notre « victime » se retrouve pendue à sa corde à 10 (c)m d’un fond impalpable. Pour échapper à ce piège, une solide branche du bouleau 3 mètres au dessus du sol, elle doit se hisser en utilisant ses seules cordelettes et une bonne dose de kilojoules. Dans ces conditions, se défaire de ses bâtons et de ses skis, sans rien perdre n’est pas à proprement parler une partie de plaisir. Dans une jolie démo, Joëlle s’est farouchement battue contre l’adversité, démontrant une belle habileté à se défaire de son équipement inutile : «J’ai eu l’honneur de passer en première et je ne le regrette pas. Acharnée comme pour une grande rando, suspendue à l’arbre, le spectacle en valait la chandelle (ndr : on confirme, LOL). J’ai eu énormément de plaisir à y participer et me suis rendue compte, que même si j’ai réussi à ôter mes skis et bâtons et à les accrocher à mon sac, ça n’est pas gagné d’avance. Sortir d’une crevasse est une chose difficile. J’espère pouvoir refaire un exercice comme celui-là et surtout… ne pas devoir le mettre en pratique ;o) ».

De leur côté, les enfants avaient rapidement pris possession des espaces extérieurs avec luges, bobs, jouets, pelles et sondes aussi et se sont inventés, comme à leur habitude, de très nombreux jeux plus passionnants les uns que les autres. Un vrai bonheur de voir toute cette joyeuse équipe s’amuser autant. Les joues bien rouges et le regard rempli d’étoiles, ils revenaient régulièrement à l’intérieur croquer un bout de pain, de chocolat, ou de fromage et le sirop coulait à flot.

Une bonne équipe est restée le soir pour visionner des vidéos avant de souper tous ensemble. Le feu de cheminée donnait une bonne chaleur et une atmosphère cosy, douce et reposante. Nous avons terminé notre soirée en racontant nos expériences montagnardes.

Après une nuit vivifiante, le soleil était au rendez-vous dans un paysage à couper le souffle. Une belle neige sur les arbres, une magnifique vue sur la Riviera sous les nuages, comme dans une étendue de crème fraîche. Le dimanche était réservé au ski. En remontant la crête du Folly, les mesures dans la pente dominant le revers du Baret nous indiquait une pente supérieure à 30 degré, une appréciation confirmée par l’existence d’une coulée en contrebas de notre position.

Profitant de la neige restée légère dans les pentes à l’ombre, nous avons pu tracer en toute sécurité en laissant notre marque sur quelques pentes encore vierges.

Joëlle, Michel

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