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Cette année, l’hiver avait tardé à démarrer. Les températures étaient restées très douces jusqu’à la fin de janvier, faisant fondre au fur et à mesure les rares flocons tombés en altitude et avec, tout espoir de ski sauvage en moyenne altitude. Au niveau du chalet du club, il ne restait qu’une maigre couche, couvrant à peine les creux et bosses des pâturages, laissant à nu les buissons d’églantiers, les souches et les branches éparses des coupes de bois. Aussi, l’arrivée d’une grosse perturbation et d’un courant froid du Nord-Est devait nous réjouir pleinement. Et donc, la neige est venue, jusqu’au bord du lac même, activant les chasse-neige dans la nuit et réveillant nos rêves de poudreuse. Il neige. D’abord une vingtaine de centimètres, puis un peu plus le lendemain, encore renouvelée le jour suivant. A la fin de la semaine, la nouvelle couche dépassait le mètre alors qu’une bise glaciale et puissante se levait, créant des congères et accumulant des masses de neige dans les zones sous le vent.

Nous avions projeté d’aller gravir Le Grammont et les Cornettes de Bise et de passer la nuit dans l’écrin bucolique du lac Tannay. Là-haut aussi, la neige était tombée en abondance. Cependant, si le hameau de Tannay est bien à l’abri derrière les hautes parois avoisinantes, elles-mêmes et leurs crêtes sont exposées aux vents forts qui transportent la neige, créant d’énormes corniches, remplissant les couloirs et chargeant les pentes abritées de fantastiques masses de neige compactée. Suivant le principe de réduction du risque « 3×3 avalanches » du guide valaisan Werner Munter, les signaux pour notre course sont rapidement passés du vert à l’orange, puis au rouge. La méthode de Werner Munter évalue les conditions d’enneigement et de météo, le terrain et le facteur humain, de trois points d’observations distincts : général, régional et zonal. Dans le cas de ce weekend, du point de vue général,  les conditions étaient nettement au rouge. Les chutes de neige supérieures à 30cm et le fort vent entrainent des accumulations sur les pentes. La météo, qui annonçait des stratus au-dessus de 1500 mètres, rendant les observations plus difficiles, aggravait l’évaluation. Le terrain envisagé comporte des zones de pentes défavorables de plus de 30°, pas uniquement celles parcourues, mais surtout celles dominantes et peu visibles, ajoutant encore du risque. Quant au groupe, souvent hétérogène et large dans nos courses de début de saison, il constitue aussi un facteur d’aggravation. Ainsi, à ce niveau, et sans même quitter la quiétude de son salon et le confort du fauteuil, il apparaissait évident que la course devait être déplacée. Il est cependant intéressant d’imaginer l’appréciation que l’on aurait faite plus loin, si la décision avait été différente. Au niveau régional, soit dans la région même de Vouvry, il est vraisemblable que notre appréciation du risque « conditions + terrain + groupe » aurait aussi appelé à la prudence (neige fraiche profonde et abondante, accumulation de neige soufflée, corniches et coulées visibles). Si néanmoins le risque aurait pu être jugé faible, permettant alors le déroulement de la course, l’appréciation au niveau « zonal », qui demande l’examen de la zone immédiatement devant de toute la perception du meilleur de nos sens, du manteau neigeux, de sa consistance, de son poids, écoutant chaque bruit, détectant le « whoum » des plaques qui s’affaissent, scrutant les couloirs et les pentes, nous aurait donné les informations nécessaires pour une progression sécurisée, ou la décision du renoncement.

Néanmoins, dans sa méthode, Werner Munter ne propose pas l’abandon systématique des courses en raison de l’existence de risques, mais suggère de se rabattre vers des objectifs plus sûrs, là où la technique d’évaluation rendrait un résultat favorable. Pour nous, le choix du chalet et le secteur du Folly et du Molard s’imposait naturellement et l’examen par la méthode de réduction du risque délivra des résultats favorables tant au niveau général, qu’à ceux régional et zonal pour chacun des éléments : conditions : neige abondante et stable; terrain : belles pentes abritées <30 ; groupe homogène. Un feu vert absolu, qui n’entraîna que des sourires du bonheur de laisser parler la poudre, sous le zénith tout simplement, puis de savourer une fondue dans la joie, de retour au chalet.

Que ce soit en raquettes ou à skis, les pentes du Folly, les crêtes du Molard et les Vallons de Soladier resteront marqués de nos passages. Aux douces courbes profondes succèdent aussi quelques trous difformes, témoins muets de batailles sauvages entre un présomptueux conquérant de virginité hivernale et la sournoise résistance d’une sirène gourmande, peu désireuse de se laisser prendre avec trop de légèreté sans y trouver son plaisir, bien cruel aussi parfois.

Dévorez-moi des yeux, mais avec retenue pour que je m’habitue, peu à peu… Oui, mais pas tout de suite, pas trop vite. Sachez m’hypnotiser, m’envelopper, me capturer avec délicatesse, en souplesse, et doigté. Dirigez bien vos gestes, ni trop lents, ni trop lestes, sur ma peau, Voilà, ça y est, je suis frémissante et offerte. Maintenant tout de suite, allez vite, Sachez me posséder, me consommer, me consumer. Conduisez-vous en homme, soyez l’homme. Agissez!

Extrait, paroles de Vervaecke Gabrielle, multiples interprètes

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