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La ligne brisée et les clairs obscurs de notre horizon ont perdu de leur netteté passée. Les crêtes se superposent en tons de gris-bleu qui les fondent dans un ciel pastel. Les forêts aussi s’estompent dans des tons sombres et des limites floues. Bien que la température soit plutôt douce et le soleil bien présent, l’air porte une fraîcheur humide, qui évoque la vendange proche et la châtaigne tiède. A la ferme voisine, les dernières bêtes ont quitté l’alpage depuis peu. Pour tenir compagnie au jovial berger hirsute, il ne reste plus que Spok, un jeune bœuf de la race d’Hérens, l’âne gris, un petit poney et le grand cheval brun. L’automne est là.

 

De bon matin, les uns après les autres, nos amis nous rejoignent au chalet et après un rapide café et quelques échanges et instructions, chacun s’en va vers sa tâche, submergé par le vrombissement des machines. L’hiver dernier, un grand sapin bordant la petite forêt s’était brisé par la moitié, la pointe s’abattant dans un espace heureusement libre et sans faire de dégât. A la corvée de juin, elle avait été débitée. Le tronc restant, d’une dizaine de mètres, de 80 à 60cm de diamètre et nu de toute branche, attend maintenant son triste sort. Une heure plus tard, il s’abattra lourdement sur un tapis de feuilles et de ronces et, en fin de journée, il n’en restera qu’une longue têche recouverte d’une tôle de protection. A l’orée du petit bois, ça scie, ça fend, ça empile. A en croire le dicton, la rudesse de l’hiver e mesure au volume de la réserve de bois. S’il ne sera probablement pas des plus froids du siècle, méfie-t’en néanmoins et suis le conseil : cours t’acheter un bon manteau, des bottes chaudes et des chaînes pour ton auto. L’automne est là et l’hiver à la porte. Moi, je prépare mes skis.

 

L’élégante faux, utilisée il y a quelques années encore, a été remplacée par une bruyante débrousailleuse. Fini donc le tableau bucolique à la Hodler ; notre faucheur ne porte pas un rustique chapeau mou qui lui donnerait l’allure d’un danseur solitaire. Equipé de son casque de protection auriculaire, d’un moche jaune criard, et de lunettes orange, le faucheur actuel a plutôt l’air d’une grosse mouche, qui, plutôt qu’en sueur, finira son pensum crépi d’hachures vertes et saupoudré de la terre des taupinières. A l’intérieur, deux complices bavardes putzent, rangent et plaisantent, alors que dehors les couvertures sont vigoureusement aérées et soigneusement pliées.

Bien que la corvée soit avant tout une journée de lourds labeurs obligés, la convivialité qui nourrit notre amitié et notre motivation n’est heureusement pas absente. La pause de midi reste ce moment privilégié où chacun côtoie les autres, échange et projette. Souvenirs de courses, plaisanteries et partages nous animent.

C’est l’automne.
Notre chalet est paré pour la longue période de froid à venir.

 

Chanson d’automne

Les sanglots longs
Des violons
De l’automne
Blessent mon coeur
D’une langueur
Monotone.

Tout suffocant
Et blême, quand
Sonne l’heure,
Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure

Et je m’en vais
Au vent mauvais
Qui m’emporte
Deçà, delà,
Pareil à la
Feuille morte.

Paul Verlaine   (1844-1896)

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