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Les couleurs de l’automne sont là. Derrière le petit troupeau de bovins qui ruminent paisiblement sur la butte, la crête du Molard, qui se détache sur le magnifique fond bleu azur du ciel, se colore des premières taches jaunes et rouges. Des trainées de brume épaisse s’accrochent au Kubly, voilent le lac et la plaine de Villeneuve, ne laissant apparaître que la haute ligne brisée des sommets, les Dents du Midi en particuliers, et plus bas dans une trouée, l’établissement de Sonloup. Le temps va rester magnifique tout le weekend, générant une belle énergie dans notre équipe et permettant le déroulement de l’ensemble des travaux planifiés dans des conditions idéales.

Ces dernières années, alors que chaque hiver la neige et le vent s’unissaient pour faire basculer un sapin ou briser un tronc dans notre petite forêt, nos regards et efforts s’étaient principalement portés sur les besoins forestiers que nous parvenions à identifier, par crainte de voir un arbre s’abattre sur le chalet ou, pire, sur quelqu’un. D’un autre côté, la présence limitée de participants aux travaux d’entretien n’avait pas permis de tout réaliser dans le moindre détail, ni de porter un regard attentif et plus critique sur le bâtiment et l’intérieur. Ainsi, l’accumulation de manquements mineurs commençait à laisser apparaître quelques traces significatives, alertant nos amis aînés plus expérimentés. C’est ainsi que cette dernière corvée eut une orientation ciblée sur les nettoyages intérieurs, l’élimination de trainées de moisissures et la chasse aux innombrables toiles d’araignée, mais aussi le ramonage des conduits, le remplacement de tuiles et d’autres tâches minutieuses, parfois très techniques, mais aussi très simples et ordinaires.

Ragaillardis par leur constat et la nécessité d’intervenir rapidement, nos jeunes aînés ont spontanément mis à disposition leur liberté de temps, de mouvements et leur expérience, passant quelques jours au chalet pour évaluer les besoins, planifier les interventions et entreprendre les premières actions. Ainsi, avant même l’arrivée du premier participant ordinaire à cette corvée d’automne, les tâches nécessaires sur l’environnement extérieur étaient déjà réalisées : les hautes herbes de la terrasse et les talus étaient fauchés et les bûchers remplis se trouvaient parés pour l’hiver. La fréquentation moindre du chalet durant la belle saison entraîne évidemment une consommation de bois ralentie avec pour conséquence un travail allégé en automne pour compléter les réserves hivernales.

Du côté de la forêt elle-même, le constat du garde-forestier était plutôt satisfaisant. L’abattage de d’automne dernier des quelques mélèzes jugés menaçants a créé un large espace libre, que nous pensions reboiser rapidement. Cependant, la nature s’est déjà manifestée d’elle-même et de nombreuses jeunes pousses, de châtaigniers, d’érables, de hêtres, de sorbiers ont colonisé l’espace en faisant concurrence aux herbes folles et aux ronces. Il semblerait qu’un simple travail de dégagement et de protection de ces tiges encore fragiles pourrait aider au reboisement naturel, retardant d’autant notre projet de repeuplement. Notre voisin du haut, toujours incommodé par la présence de notre forêt pourtant cadastrée, s’est à nouveau manifesté, bien que le garde-forestier n’ait encore effectué aucun marquage. Néanmoins, un compromis va être recherché, dans l’espoir d’apaiser la relation, sans risquer toutefois de créer un préjudice quelconque à notre patrimoine, ni d’agir hors des limites que nous impose la législation en la matière.

A l’habitude, le dimanche fut à l’exact opposé de la journée du samedi, aussi peu laborieux qu’il fut convivial et festif, et seules quelques montées de brume vinrent rafraîchir l’agréable température. Du grand feu, destiné à produire la masse de braises nécessaire pour une torrée gargantuesque, un panache de fumée blanche, à même de rivaliser avec celui de la tour de refroidissement d’une centrale nucléaire, s’élevait entre les arbres. Comme dans une charmante ronde, une ribambelle de gosses recouvrait progressivement les flammes de branches de sapin vert, recréant à chaque passage une nouvelle volute crépitante et odorante, parfois accompagnée d’un toussotement bref. Une torrée, parfois appelée “feux de berger”, est une tradition neuchâteloise qui consiste à préparer un grand feu dans un pâturage et à y faire cuire sous la cendre des saucissons emballés dans plusieurs feuilles de chou, puis dans du papier de journal humidifié, avec des pommes de terres. Dans notre variante du jour, notre torrée est plus vaudoise que neuchâteloise, le chou étant dans les saucisses plutôt qu’autour et servie avec un bel accompagnement de vins du monde, de salades de nos jardins et de gâteaux de nos compagnes.

Maintenant, l’hiver peut venir, le chalet et nous-même sommes parés à le recevoir. Santé !