Une étroite fenêtre météo favorable nous promettait une journée bien ensoleillée, juste le temps de notre randonnée en terre valaisanne. Au retour, les mines réjouies de nos amis en témoignaient, autant que du charme de l’endroit. Pourtant, la journée avait démarré quelque peu bizarrement, un des deux véhicules choisissant un parcours détourné, bien que possible, pour rejoindre la station de départ de Chandolin. Et là encore, rien n’était totalement clair. Notre esprit pratique avait fixé le rendez-vous au parking du téléférique, sans que personne ne s’avise qu’il y a deux installations, distantes de 200m.

Enfin, chacun a à l’esprit le charme rustique des petits bistrots typiques du Valais, murs de pierres, façades de madriers, salle sombre boisée et trophées de chamois. Mais voilà, depuis que les touristes ont envahis les plus beaux lieux de résidence des Alpes, les estaminets ont aussi migrés dans des constructions contemporaines, faussement garnies de planches brunes, murs de béton, sièges de plastique, tables de mica et décor pole dance, désertées à nos heures matinales. Au carrefour proche, les panneaux jaunes indiquent les destinations et un bleu mentionne « Sentier du bisse », marquant le chemin que nous allons suivre pour rejoindre l’alpage de la Lé. Dès que l’on quitte le centre impersonnel du village, on retrouve les atmosphères que nous aimons. Le chemin attaque au plus raide la forte pente, dans une ruelle étroite bordée de vieux chalets tannés et burinés par le soleil et les intempéries. Une ambiance qui nous suggère les odeurs de foin et de chèvres curieuses que nous rencontrerons plus tard.

Un peu au dessus du village, un embranchement prend sur la droite et longe le bisse sous une belle frondaison de feuillus et d’épicéas mélangés. Ca et là, une ouverture donne vue sur le village, la plaine et le versant opposé du Rhône dominant Montana. La température est fraiche, qu’accentue encore l’ombre profonde. Le chemin traverse toute la pente au-dessus du village, puis, quittant le bisse il bondit dans la pente raide jusqu’à rejoindre un petit refuge. Un instant, la vue est dégagée. On a rejoint la crête du vallon, laissant apparaître sur le versant d’en face, les premières couleurs automnales qui illuminent des bosquets de mélèzes.

De là, alors qu’après cette première heure de marche on a pratiquement atteint le point haut de la randonnée, le sentier s’enfonce dans la forêt du vallon. On retrouve le bisse et, à part quelques rares racines et rochers épars, le chemin est plat, doux et facile à la progression. Une heure plus tard, au débouché de la forêt, on découvre l’alpage de la Lé, quelques petits chalets rustiques, adossés à la lisière qui borde le pâturage forme l’alpage. La Rêche coule à quelques mètres, sinuant entre les grosses pierres de son lit.

Au soleil l’air est doux ; l’herbe rase et le décor bucolique sont une invite au prélassement et au pique-nique, alors que les enfants courent, enjambent la rivière ou escaladent les gros rochers. Le fond du pâturage est fermé par un ressaut rocheux que saute la rivière. Un autre niveau se devine au-dessus de la limite des arbres, moins accessible, plus minéral, au fond duquel se nichent le petit lac du Louché et les accès au val d’Hérens par les cols de Cou et du Pas de Lovegno pour rejoindre les villages de Mase et de St-Martin. Notre route du retour sera toute en descente, d’abord par le chemin carrossable qui suit la rivière et relie les Mayens de Réchy à la civilisation, puis par le travers du sentier des Vernys, qui rejoint les Mayens des Tsablos au-dessus de Vercorin.

Joli !

Michel Roch

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